7 novembre : Considérations pluvieuses

Aux origines de la photographie, certains s’essayaient à former une image sur la plaque de verre.

 

Ici, la pluie sert d’émulsion et rend plus sensible à la lumière la vitre. L’image se révèle dans une réalité où le visible se dilue, se diffuse, se disperse. Parfois, il s’accentue, se diffracte. Il se forme informe, rendant par cela une réalité déconstruite dans un jeu d’apparition / disparition.

 

La photographie capte ces moments où l’œil joue le rôle de fixateur. L’opérateur enregistre ce qui vient d’être « imprimé » sur la vitre sensible.

 

Par cet acte photographique, on donne à voir ce qui n’est pas toujours lisible, visible à l’œil nu. Pourtant, c’était bien là, et cette vitre, dégoulinante, rendue matière, le montre pleinement. Elle oblige, par son abstraction, celui qui regarde à y regarder de plus prés. Finalement elle nous dit « avez-vous bien vue ? ». Elle demande à l’esprit de reformer ce réel. C’est en général ce que la plupart cherche. Ce réel que nous tentons de saisir ne l’est finalement pas. Rendu changeant et informe par cette matière diluante, nous en retenons ce que nous voulons en voir.

 

La vitre est ici un écran. Elle s’interpose entre le photographe et le monde réel. Elle nous met finalement à distance d’une réalité.

 

La question se pose toujours : quelle est la réalité ? Ce jeu d’intérieur/extérieur, nous engage à voir au-delà de ce réel rendu tangible.

 

Aujourd’hui, le débat est encore intense concernant le réel photographique. Le doute s’est installé. Le numérique l’a rendu évident. Pourtant, dès les années 1840 quelques photographes le modifiait déjà. Hippolyte Bayard, avec son autoportrait en noyé, détournait le sens réel de l’image. Gustave Le Gray n’hésitait pas à mettre un ciel qui lui convenait mieux sur une plage de Sète.

 

Ici, l n’y a pas de manipulation. C’est bien ce qui a été qui s’enregistre sur le capteur. Pourtant ce « ça a été » laisse planer le doute.

 

Jean-Michel Verdan